Anecdotes d'un Linuxien #2 : Pourquoi choisir le Libre ?

Catégories : #gnu-linux #libre

Tags : actualités, anecdotes, choix, libre

Jusqu’à récemment, j’avais fait le choix sur le blog d’effectuer une sorte de « trêve littéraire », notamment pour satisfaire une envie d’écrire et de partager quelques créations personnelles et pour pallier à mon manque d’activité sur le plan informatique.
Malheureusement, les cours et les examens qui approchent m’obligent à passer moins de temps devant l’écran et à lire davantage d’ouvrages scientifiques et littéraires, ce qui est une bonne chose pour moi dans un certain sens (c’est fou le nombre de trésors que contiennent les bibliothèques universitaires !).

Pour autant, j’ai décidé de profiter de mon temps libre pour partager avec vous une nouvelle anecdote concernant mon expérience avec le logiciel libre. Nous allons donc aborder ensemble une petite réflexion personnelle sur une problématique qui peut sembler anodine au premier abord, mais qui, en réalité, est bien plus complexe et bien plus poussée qu’elle n’en a l’air : pourquoi ai-je choisi d’utiliser des logiciels libres (entre autres GNU/Linux ou BSD) plutôt que des logiciels dits propriétaires (Windows pour ne citer que lui) ?

Il est important de noter que les arguments qui seront évoqués ici sont classés en fonction de mes préférences et de mon éthique personnelle. Il faut également prendre en compte qu’il existe d’autres raisons qui peuvent pousser un utilisateur à utiliser des logiciels libres, mais que je vais m’attarder ici sur les aspects que je considère comme les plus importants.

Le premier argument qui m’a poussé à utiliser des logiciels libres correspond au prix que l’on doit payer pour les installer et les utiliser.
Si on se penche sur la question du coût d’un logiciel libre, on observe régulièrement le fait que ce dernier semble être distribué de manière gratuite sur Internet et que les développeurs semblent faire du « bénévolat » en développant et en maintenant de tels programmes.
Cette idée est généralement fausse et injustifiée : la plupart des logiciels libres sont « payants » et nécessitent un investissement financier de notre part. Cependant, à l’instar des logiciels propriétaires, nous ne sommes pas obligés de payer pour les utiliser. En effet, aucun prix n’est fixé pour la grande majorité des logiciels libres existants sur le marché, mais une contribution, même petite, de la part des utilisateurs est demandée ou suggérée par l’équipe de développement. Ainsi, le système classique du payement est remplacé par celui de la contribution, ce qui permet à quiconque d’utiliser un logiciel libre sans aucune restriction, tout en participant de manière active à son développement.
Évidemment, ceux qui ne souhaitent pas financer directement le projet peuvent aider les développeurs d’une autre manière : traduction du logiciel, correction de bugs, tests du logiciel en production, installation du logiciel sur d’autres ordinateurs ou encore participation directe à son développement.

Le deuxième argument équivaut à la liberté d’installation et d’utilisation d’un logiciel libre. Derrière cette expression technique se cache, en réalité, un principe simple et important : on est autorisé à installer et à utiliser un nombre illimité de copies de n’importe quel logiciel libre, quel que soit l’objectif visé ou l’usage qu’on souhaite en faire.
Concrètement, ce principe, qui peut paraître élémentaire pour nombre d’utilisateurs, me permet, par exemple, d’installer légalement autant de copies de Debian ou de Fedora que je souhaite, sur n’importe quel type d’ordinateur existant sur le marché.
Or, si on regarde du côté des logiciels propriétaires, on ne peut souvent installer le logiciel désiré qu’une seule fois, sur un seul ordinateur. Ainsi, si on prend l’exemple de Microsoft Windows, il n’est possible d’installer qu’une seule copie du fameux système d’exploitation et la licence dépend directement du type de matériel sur lequel on l’installe. De plus, si on est obligé de réinstaller son ordinateur ou si on veut mettre à jour son matériel, il peut arriver que la licence Windows s’annule et que l’utilisateur soit obligé d’en racheter une pour pouvoir continuer à utiliser le logiciel, ce qui peut se révéler peu pratique.
De plus, cette liberté d’utilisation permet à l’utilisateur final de disposer pleinement de ses logiciels et de les utiliser comme bon lui semble et de manière libre. C’est ce qui explique pourquoi je peux utiliser Debian en tant que serveur ou en tant que poste de travail et pourquoi il est possible d’installer ce système sur des ordinateurs destinés à des entreprises, des associations ou à des particuliers sans passer par différentes licences ou clauses spéciales qui limitent strictement et fermement l’utilisation de ce dernier, comme c’est le cas avec les logiciels propriétaires (Pour ce type de logiciels, il existe souvent une version familiale et une version professionnelle).

Le troisième argument repose sur la possibilité d’obtenir le code-source d’un logiciel libre (c’est-à-dire l’ensemble des fichiers permettant la création et la compilation d’un programme), de le lire et de comprendre ainsi l’ensemble de son fonctionnement.
Cette caractéristique propre à ce type de logiciels permet d’établir une grande confiance entre les développeurs et les utilisateurs : un utilisateur peut ainsi chercher à étudier le code-source d’une application pour comprendre son fonctionnement de manière précise. Cela permet également aux éventuels contributeurs de travailler directement sur le projet pour, par exemple, corriger des bugs ou améliorer le produit en ajoutant de nouvelles fonctionnalités. Également, cela permet de contribuer à améliorer la sécurité du dit logiciel, d’empêcher la propagation de nouvelles failles de sécurité ou l’installation de « portes dérobées » (coucou la NSA !) et de corriger les éventuelles failles existantes.
De ce fait et malgré qu’il soit nécessaire de connaître un certain nombre de langages de programmation pour comprendre et pour pouvoir lire le code-source, l’utilisateur est capable d’identifier clairement la composition, le fonctionnement et toutes les autres caractéristiques des logiciels qu’il utilise. Cela lui permet aussi de compiler facilement une version adaptée à ses besoins ou à son environnement, notamment si le logiciel en question n’est pas disponible sur sa plate-forme de travail.
C’est à cause de cela que de nombreux logiciels, disponibles sous GNU/Linux ou sous BSD, peuvent être portés sous Windows et inversement. Cela permet même l’utilisation de certains systèmes d’exploitation comme NetBSD pour contrôler et utiliser des robots, de vieilles stations de travail comme les VAX ou encore des machines plus exotiques comme des consoles, des télévisions, des vieux « Minitels » voire… des grille-pains !

Le quatrième argument que je souhaite aborder ici correspond à une envie de découvrir de nouvelles choses, d’en apprendre plus sur le fonctionnement global de sa machine et à une envie de personnaliser et de modifier les logiciels que l’on utilise au quotidien.
Bien que cela puisse paraître idiot ou simpliste, le fait d’utiliser des logiciels libres peut nous permettre de découvrir leur mode de fonctionnement et leur fonction au sein d’un système. Ainsi, en utilisant Linux ou BSD, on peut comprendre le fonctionnement complet d’un ordinateur, de l’allumage jusqu’à l’affichage du navigateur Internet, et il est, dès lors, plus facile de mettre les mains dans le cambouis. On peut également comprendre le rôle et l’importance de certaines parties critiques d’un système d’exploitation telles que le noyau ou le système d’initialisation.
Les logiciels libres nous offrent également la possibilité de les personnaliser selon nos goûts et nos activités : on peut ainsi choisir librement d’installer et d’utiliser tel ou tel logiciel sur son ordinateur ou encore effectuer de modifications concernant les fonctionnalités ou l’apparence du logiciel en question, via le code-source disponible. Il faut noter, cependant, que les équipes de développement effectuent parfois des choix qui peuvent ne pas convenir à certains groupes d’utilisateurs, quelle que soit la raison évoquée. Cependant, l’offre logicielle est suffisamment importante pour satisfaire n’importe qui et la possibilité d’avoir accès au code-source permet de produire des copies qui répondent à certains besoins non satisfaits (principe du fork).

Enfin, le cinquième et dernier argument correspond simplement à une envie de s’émanciper. Tout comme le quatrième argument, cela peut paraître simple voire stupide. Pour autant, depuis que j’utilise des logiciels libres, j’ai l’impression de m’émanciper et de pouvoir faire des choses que je ne pensais pas pouvoir être capable de faire auparavant.
Après tout, Windows ou MacOS peuvent se révéler être des bons logiciels et peuvent être utilisés pour la plupart des tâches courantes. Pour autant, leur usage est assez limité et il n’est pas vraiment concevable d’utiliser Windows pour faire un serveur Web, par exemple.
Évidemment, il est toujours possible de s’acheter une licence Windows Server pour obtenir cette fonction, mais je préfère utiliser Debian, CentOS ou OpenBSD sur une vieille machine qui traîne dans le coin. Même si la courbe d’apprentissage est forte et qu’il est nécessaire de consacrer de nombreuses heures pour obtenir un résultat de bonne qualité, il est évident que le jeu en vaut la chandelle et qu’il est toujours plus profitable d’économiser quelques euros en utilisant une vieille machine avec GNU/Linux que d’acheter une licence Windows Server ou un petit serveur personnel embarquant ce dernier.
Au final, tous nos efforts d’apprentissage finissent par payer et on en ressort avec une grande satisfaction, une meilleure compréhension du fonctionnement de son ordinateur et une expérience unique qui peut jouer comme un atout intéressant pour obtenir un emploi.
C’est d’ailleurs dans ce sens et selon cet objectif que les logiciels libres sont en partie développés : l’un de leurs buts principaux est de fournir des outils pour réaliser ce que nous souhaitons faire tout en fournissant un environnement permettant d’étudier et de comprendre le fonctionnement des différentes technologies d’information et de communication (TIC).
Après tout, bon nombre d’universités travaillent avec des logiciels libres et participent à leur développement : Debian, par exemple, est très utilisée par les facultés françaises d’informatique et l’université de Berkeley en Californie a participé à la naissance de plusieurs projets dont le premier système de type BSD (acronyme pour Berkeley Software Distribution).

Finalement, l’utilisation de logiciels libres en tant qu’alternative crédibles aux produits dits propriétaires peut sembler coûteuse, autant sur les plans financiers que temporels, pour de nombreuses entreprises. Il est évident que j’ai dû passer beaucoup de temps pour m’adapter et apprendre à utiliser convenablement les différents logiciels libres que j’utilise aujourd’hui. Mais, si de nombreuses entreprises dépensent des sommes colossales en licences et en formations spécifiques, il est également envisageable d’utiliser des alternatives libres qui permettent, non seulement, de réaliser un travail de qualité plus ou moins égale à celui fait sous des ressources propriétaire, mais aussi d’économiser des milliers d’euros en licences, ce qui n’est jamais négligeable.
Même s’il manque encore de nombreuses fonctionnalités à certains logiciels pour pouvoir devenir des alternatives crédibles, il est évident que ces dernières puissent apparaître un jour, puisqu’après tout, il suffit de les intégrer, non ?

Pour conclure, j’affirmerais simplement qu’aujourd’hui, le logiciel libre est devenu l’un de mes nombreux centres d’intérêts. Sans lui, je n’aurais probablement jamais autant progressé en informatique et mes habitudes n’auraient jamais été ce qu’elles sont aujourd’hui.
Il est évident que si la communauté du logiciel libre n’est pas nécessairement l’une des meilleures communautés au monde, elle reste néanmoins un élément essentiel pour le développement des nouvelles technologies et pour le développement de nouveaux outils pratiques et indispensables. De nombreux projets tels que Debian, OpenBSD, NetBSD, FreeBSD ou encore GNU/Linux ont participé au développement de tout ce qui nous entourent et de tous les outils que nous utilisons au quotidien. Pour ne citer qu’un dernier exemple, la pile réseau TCP/IP de NetBSD est aujourd’hui utilisée dans presque tous les systèmes d’exploitation, Windows compris.

Dès lors, j’ai pris conscience que le libre n’est pas qu’un simple morceau de code que l’on peut trouver partout. C’est un ensemble d’outils simples, mais indispensables pour concevoir et produire des choses à notre image, pour bâtir l’ensemble de la société actuelle.

Après tout, comme le dit le Framablog :

… mais ce serait peut-être l’une des plus grandes opportunités manquées de notre époque si le logiciel libre ne libérait rien d’autre que du code.


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