Fier d'être une extension ?

Catégorie : #reflexions

Tags : changement, definition, identite, reflexions

Il n’est jamais facile d’aborder la question de l’identité et de la nationalité de manière frontale. Il faut toujours faire attention à ce que l’on veut dire et bien réfléchir au sens des mots qu’on emploie, mais, pour une fois, j’ai envie de traiter cette question sous l’angle personnel et de donner mon opinion en toute franchise et transparence.

Quand on parle de nationalité, on pense immédiatement au pays auquel on appartient : celui où la plupart d’entre nous sont nés et celui qui nous a été attribué à la naissance, par la mairie du coin. Pour d’autres, il s’agit du pays qui a fait le choix de les accueillir et qui leur a donné une carte d’identité indiquant leur nouvelle nationalité dûment acquise. Pour certains encore, il s’agit de ce sentiment qu’ils ressentent au fond d’eux-mêmes, ce sentiment d’appartenance à une communauté propre et distincte. Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, être Alsacien ou Basque signifierait appartenir à ces communautés et donnerait droit à une nationalité propre.

Cependant, pour moi, une nationalité n’est pas seulement un ensemble de sentiments et de caractéristiques qui servent à te définir. Elle possède aussi une histoire, une culture, un folklore qui se transmet à travers son intermédiaire et qui correspond à un passé commun qu’on a pas forcément vécu, mais qu’on doit accepter d’une certaine manière et qu’on doit assumer malgré tout. Ainsi, quand je regarde ma carte d’identité française, je ne vois pas seulement un document qui me dit que je suis un Français, mais aussi un document qui certifie que je suis le résultat de ce que d’autres Français ont fait avant moi, que je le cautionne ou non. De ce fait, je suis le représentant malgré moi des décisions que mon pays a prises tout au long de son existence et je suis porteur d’une histoire nationale, parfois contestable ou contestée, en plus de celle qui me caractérise personnellement.

Durant mes périodes de réflexions, j’ai aussi constaté que mon identité possède des racines qui peuvent parfois s’ancrer très profondément, mais qui peuvent aussi se révéler fragiles et qui finissent alors par se rompre violemment. Ce fut le cas avec ma religion.
Enfant, je croyais encore en Dieu et je pratiquais le catholicisme de manière assidue, au point de faire la plupart des obligations (sacrements) qu’on nous demande de faire pour être un bon croyant. Cependant, au fil du temps, toutes ces certitudes et ces convictions ont fini par mourir les unes après les autres, notamment à cause des scandales qui touchent l’Église catholique, de l’histoire mouvementée que cette communauté religieuse a vécue et à cause de certains propos qui m’ont déplu et qui n’allaient pas dans le sens de ce que j’estimais être une bonne chose. Les valeurs de certains prêtres et de certains fidèles ne me paraissaient plus en accord avec les miennes, donc j’ai fait le choix de ne plus y croire et de couper mes liens avec la religion. Malgré les gentilles paroles d’autres prêtres, malgré les conseils de ma mère et malgré le côté religieux qui habite une partie de ma famille, j’ai rompu avec ces racines-là et ma foi s’est éteinte telle une flamme bien affaiblie.
Cette partie de moi, cette partie de mon identité a disparu sans que cela n’ait d’impact violent sur moi et mes actions.
Dès lors, que penser de ma nationalité ? Que dire de ses racines qui semblent à la fois si résistantes et si instables ?

Personnellement, je ne vois plus ma nationalité comme un élément indissociable de moi, mais comme une sorte d’extension, à l’instar d’un site Web. Ma nationalité serait ainsi l’équivalent d’un .fr, du .net qui est fixé sur l’adresse de mon site perso, et serait donc aussi flexible que ces derniers. Flexible dans le sens où je pourrais le remplacer par une autre extension ou bien en ajouter une sans que la première ne soit affectée.
Bien sûr, on pourra me rétorquer que cela ne correspond pas à la réalité et que ce n’est pas facile de changer de nationalité, surtout quand celle que tu possèdes déjà est assez avantageuse. Certes, je dois bien avouer que la nationalité française n’est pas non plus un fardeau et qu’elle offre de nombreux avantages. Néanmoins, quand je pense à tout ce que mon pays a dû faire et à toutes les guerres et combats qu’on a dû mener pour arriver à ce qui est aujourd’hui la France, je me dis qu’il y a certaines choses que je ne cautionne pas, mais que je dois porter malgré moi. Certes, aucun pays ne possède une histoire glorieuse et sans remous, mais peut-être est-il temps pour moi d’avouer le fait que je me sens pas aussi français que je devrais l’être et qu’une alternative pourrait être envisageable.

Bien que je ne pense qu’aucun pays ne puisse m’apporter une satisfaction ultime, je me demande s’il ne serait pas mieux d’envisager une situation où cette partie de moi change aussi et voit ses racines modifiées, voire coupées dans le plus violent des cas. Je n’ai pas de vraie réponse à apporter à cela, mais il est évident que j’y pense et que je l’envisage dans le futur.
Qu’importe ce que certains me diront, ce choix n’est motivé que par ma volonté pure et ne répond qu’à mon propre besoin de me définir en tant qu’être humain et citoyen de ce monde. Même si je ne suis pas le maître incontesté de toutes mes actions, j’envisage avant tout de choisir ce qui correspond à la meilleure situation pour moi, que cela plaise ou non. Je n’ai plus besoin d’une caution pour assumer mes actes et je n’ai plus besoin d’une figure d’autorité, d’un vieux barbu pour agir pleinement.

Il est temps de casser la branche et de faire une nouvelle bouture.

Photographie d'une section de l'autoroute roumaine A1 entre Orastie et Sibiu


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