Hystérie écologique ?

Catégorie : #reflexions

Tags : critique, ecologie, ploum, politique, reflexions

Récemment, sur un des blogs que je suis régulièrement, un article en rapport avec l’écologie et son impact dans la société a été publié. Il a été écrit par Ploum et il est disponible à cette adresse si vous souhaitez le lire. D’habitude, j’approuve grandement ce que ce blogueur écrit dans ses articles et je m’inspire souvent pour ma philosophie et mes réflexions personnelles. Mais pour le coup, après en avoir parlé avec mon entourage, il semble que cet article-là ne soit pas du même niveau que les autres et que son argumentation repose sur des méthodes pas vraiment adaptées si on souhaite faire un bel argumentaire convaincant.

Dans cet article, je ne prétends pas avoir la science infuse, mais je tiens quand même à revenir sur cet article et à le critiquer selon plusieurs points qui, selon moi et mon entourage, dérangent et nuisent à l’argumentation de Ploum.

Généralisations…

L’une des premières choses qui choquent lorsqu’on lit cet article est la généralisation à outrance des exemples qu’il évoque. Ainsi, selon son article, la grande majorité des jeunes penseraient de façon extrêmement négative et souhaiteraient avant tout une destruction du monde plutôt que d’arrêter de polluer, puisqu’on n’arrêterait pas de dire que ce sont eux qui doivent sauver ce que nous sommes en train de détruire. Je ne veux pas jouer le rabat-joie, mais j’ai quand même constaté dans mon quotidien que quelques jeunes sont très concernés par l’environnement et qu’ils cherchaient à réduire leur impact sur l’environnement sans pour autant penser de façon extrémiste comme il le sous-entend. Le monde n’agit pas de façon binaire selon le schéma « Il y a ceux qui s’en foutent et il y a ceux qui paniquent et qui font leur possible ». La réalité veut que chacun essaye plus ou moins de changer quelques trucs pour que la situation aille mieux et qu’on arrête le massacre. Certes, on pourra rétorquer qu’on ne fait pas assez d’efforts ou que certains ne mettent pas beaucoup d’entrain pour sauver la planète, mais on devrait aussi souligner le fait que les gens, globalement, se rendent bien compte du problème environnemental global et qu’ils essayent de changer le monde à leur façon, et ce malgré les nombreux problèmes de leur vie quotidienne.

À vouloir généraliser à outrance sur tout, on finit par développer un discours radical et polémique qui ressemble peu ou prou à ce que les conspirationnistes ou quelques journalistes font. En fait, Ploum utilise des méthodes similaires à celles des personnes qu’il souhaite combattre et c’est bien dommage, puisqu’il joue à leur (mauvais) jeu.

Des exemples pertinents ?

Le potager

Dans son article, Ploum explique que la tendance actuelle de vouloir avoir son propre potager aurait comme résultat probable de nous entraîner dans un monde similaire à celui du Moyen-Âge où chacun aurait un lopin de terre et où il faudrait peut-être envisager de s’entre-tuer pour réduire la population humaine, afin que tout le monde puisse avoir son propre terrain pour cultiver et chasser sans problèmes. En effet, les gens auraient envie de revenir à un fonctionnement plus simple en cultivant ses propres légumes, en chassant son gibier et l’auteur nous conseille alors de plutôt stocker des armes et des munitions si on devait choisir cette voie. Quand j’ai lu ça la première fois, je n’ai rien vu de bizarre, mais en le relisant, je vois ici une espèce de parodie mélangeant les idées du philosophe Thomas Malthus (qui prône un contrôle strict des naissances pour éviter une surpopulation mondiale) et d’un scénario de film de type Mad Max où la survie consiste à tuer toute personne qui cherche à survivre comme nous.

Je trouve cette idée complètement ridicule et irréalisable. Personnellement, je fais partie de ceux qui souhaiteraient avoir un potager pour cultiver quelques légumes, mais qui en sont incapables. En effet, je vis dans un petit appartement en ville et je n’ai pas accès à un espace vert privé, ce qui m’empêche de le faire, à l’instar de nombreux citadins. Dès lors, comment peut-on imaginer que je puisse avoir envie de me battre avec mes voisins, qui auraient peut-être la chance d’avoir un potager, alors que je peux avoir quand même accès à des légumes et des fruits qui sont produits dans de bonnes conditions dans mon supermarché. Pourquoi aurais-je envie de tuer pour avoir accès à de la terre, alors que je suis suffisamment occupé par mon travail, mes passions et mes amis ? Cela paraît bête, mais la majorité des Français qui vivent en ville pensent de la même manière et ne font que rêver d’avoir un jardin, sans pour autant avoir envie de tuer ceux qui en ont un. Et puis bon, les quelques personnes qui ont la chance d’avoir accès à un potager commun dans leur immeuble n’ont pas l’air de se plaindre plus que ça.

Moyen-Âge et Industrialisation

Dans la suite de son article, Ploum affirme également que tout le monde semble avoir oublié la raison qui a poussé l’humanité à s’industrialiser, à construire des usines et que les gens souhaiteraient retourner dans une sorte de Moyen-Âge où on doit lutter sans cesse pour vivre convenablement. Je préfère le citer directement :

« Mais personne ne réfléchit qu’il y’a une raison toute simple pour laquelle nous sommes passés à l’industrialisation. Ce n’est pas par plaisir que l’homme a construit des usines. Mais parce que c’est plus efficace, plus performant. Que cela a permis à la majorité de l’humanité de ne plus crever de faim et de misère. »

Dans la réalité, je pense que personne n’est dupe et que tout le monde connaît les bienfaits et les méfaits de l’industrialisation. Personne n’est assez stupide pour croire que les voitures sont fabriquées à la main ou que les usines doivent être détruites, car elles seraient responsables de tous les maux de ce monde. Effectivement, elles engendrent une grande partie de la pollution atmosphérique, mais toutes les industries ne polluent pas à parts égales et tout le monde admettra qu’il est impossible de revenir dans une époque où tout est fait de façon artisanale, comme au Moyen-Âge. D’ailleurs, le Moyen-Âge a aussi connu de méthodes de production à grande échelle : les manufactures (usines pilotées à la force des bras des ouvriers) existaient déjà et une grande de la déforestation que l’Europe a connue s’est produite à cette période (cela a demandé nécessairement une organisation digne d’une usine). Donc là encore, la vision du Moyen-Âge que Ploum dépeint ici est contestable en partie.

Enfin, soyons honnêtes sur un point : je ne connais personne, même parmi les plus extrémistes des personnes que j’ai croisées, qui pense une chose pareille. Certes, l’expérience personnelle ne vaut rien en argumentation, mais celle de Ploum ne compte pas plus pour autant. Les personnes qui souhaitent la mort des usines à tout prix ne sont qu’une minorité, selon mon humble avis, et ce même si Facebook souhaite nous faire croire le contraire.

Un groupe de personnes =/= Tout le monde

Oui, il existe des personnes qui réfléchissent de manière extrémiste au sujet de l’écologie. Oui, il existe des « vegans » qui souhaitent la mort des carnistes. Oui, il existe des personnes qui tueraient ceux qui refusent de croire en leurs convictions personnelles. À toutes les époques, il y a eu et il y aura toujours des gens qui penseront de manière extrême et qui agiront selon leurs positions fortes. Pour autant, sont-elles représentatives de la mouvance actuelle ? Sont-elles le modèle unique qui décidera du futur du monde ? Sont-elles la clé de l’avenir de l’humanité ? Je pense que non. Des extrémistes et des idiots, il y en a pleins dans les cimetières et cela n’a jamais empêché au monde de tourner rond et d’essayer de s’améliorer.

Quand je regarde le développement de cet article, j’ai un peu l’impression de revoir Twitter selon un filtre qui me déplaît. J’ai l’impression de revoir cette minorité qui crie sans cesse pour se faire entendre et qui n’hésite pas à utiliser sa voix pour vociférer des propos sensationnalistes pour plaire et se faire écouter. Après tout, que représentent les millions d’utilisateurs de ce réseau face aux milliards de la population humaine ?

Le problème de la voiture

Un autre point que je souhaite souligner dans cet article concerne l’usage de la voiture et la critique du mouvement associé aux « gilets jaunes ». En effet, Ploum souligne entre autres qu’il faut attaquer le monde de la voiture, connu pour sa pollution, et que « les gilets jaunes nous ont démontré avec quelle énergie nous sommes capables de nous battre avoir le droit de polluer plus, de consommer plus, de travailler plus ».

Certes, il est vrai que je déteste également les voitures et que je ne souhaite pas en posséder, même si j’ai passé mon permis B avant d’entrer à la faculté. Il est vrai aussi que, parmi les acheteurs de SUV par exemple, il y en a une partie qui souhaite avant tout acheter ce type de voiture pour son style (même si je trouve que c’est le type de voiture le plus inutile qui soit). Néanmoins, je sais aussi que la majorité des manifestants qui font partie des « gilets jaunes » sont des gens aux revenus modestes, qui vivent parfois en campagne et qui ont quand même besoin de leur voiture pour aller au travail. Certes, les transports en commun existent en ville et devraient être utilisés par tous. Mais quid de ceux qui vivent à la campagne, là où aucune gare ne passe, là où l’État n’investit que peu d’argent pour développer des transports propres, là où tous les services disparaissent petit à petit et où seuls ceux qui ont une voiture peuvent vivre convenablement ? Quid de ceux qui ont des revenus faibles et qui sont obligés de se battre pour payer leur litre d’essence et qui ont peu d’alternatives pour se déplacer ? Certes, ils pourraient se déplacer en vélo pour leur trajet quotidien, mais je pense aussi qu’ils ont d’autres priorités dans leur vie et qu’ils essayent avant tout de s’en sortir.

Il ne faut pas oublier non plus que bon nombre de personnes cherchent avant tout de faire des économies et de vivre avec des salaires parfois tout juste suffisants. Certes, l’écologie est un enjeu crucial pour l’avenir de notre monde, mais il ne faut pas oublier non plus que la plupart des produits qu’on nous vante comme « bons pour la planète » sont vendus à des prix plus élevés, ce qui implique de faire l’impasse sur d’autres dépenses, chose que nombre de personnes auront du mal à faire.

Deux hystéries nauséabondes

« Plutôt que de mettre la pression sur les générations suivantes et d’accuser les générations précédentes, ne pourrait-on pas prendre nos responsabilités intergénérationnelles et s’y mettre tout de suite ? Ensemble ? »

Le message que souhaite véhiculer Ploum est louable, voire même salutaire selon moi. C’est ce que je voulais transmettre en partageant son article et en le critiquant. Je ne veux pas souligner uniquement les mauvais points de son développement. Néanmoins, je trouve que la rhétorique qu’il utilise dans son argumentaire n’est pas meilleure que celle d’une fille qui a choisi de s’indigner et de pleurer en filmant son discours en vidéo. Ce que je trouve regrettable chez ces deux personnes, c’est qu’ils soient obligés d’utiliser un langage émotif fort pour exprimer leurs idées. Certes, on véhicule facilement ses idéaux et on peut convaincre les gens, mais cela se fait à double tranchant et un bon nombre de personnes risquent de se braquer face à cette rhétorique, que cela soit moi face au discours de Greta Thunberg ou un ami face à cet article.

En lisant cet article, on risque aussi de tomber dans une sorte d’hystérie du monde dystopique, celui qu’Hollywood nous vend au cinéma et celui qui est présent dans beaucoup de scénarios de romans de SF. L’intention de Ploum était bonne, mais la façon dont son discours est tourné le transforme aussi en « collapsologue ».

En conclusion

Pour conclure cette critique, je tiens avant tout à adresser deux messages pour donner clairement mon avis.

Le premier est dédié à ceux qui ont vu ma publication sur Facebook ou par d’autres moyens. Je tiens avant tout à préciser que c’est le message final de l’article que je souhaitais vous partager. Ce qui compte dans cet article, c’est le fait qu’il faut agir chacun à son niveau et qu’il faut faire tout ce qui peut être fait pour essayer de réduire un peu notre impact environnemental. Chacun peut réussir à faire changer les choses en changeant deux trois habitudes. Personnellement, je prends souvent les transports en commun ou bien le vélo pour me déplacer en ville, et ce parce que cela peut être fait à mon niveau. Je ne demande pas de faire tous les sacrifices que je fais, seulement de faire le maximum chacun à son propre niveau et selon ses propres moyens.

Le deuxième est dédié à Ploum, l’auteur de l’article critiqué ici. Je tiens avant tout à te dire que tu as fait un travail formidable sur ton blog et que c’est bien dommage que tu aies choisi de te servir de la même rhétorique que celle qui est utilisée par les personnes que tu critiques. Tu sais, tu peux produire un article de qualité qui dénonce tous ces problèmes, sans pour autant tomber dans le sensationnalisme environnant, celui qui pollue bien assez nos vies. Bonne continuation à toi, en espérant que ta route soit plus ensoleillée à l’avenir.


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